Tournée à l'Est pour réformer la directive européenne sur le travail détaché


Tournée en Europe de l'Est cette semaine : le président français, Emmanuel Macron, remonte au créneau contre "le dumping social" des travailleurs détachés dans l'UE.


La France a accueilli 286.000 salariés détachés déclarés en 2015 © Scania
La France a accueilli 286.000 salariés détachés déclarés en 2015 © Scania
De mercredi 23 à vendredi 25 août, Emmanuel Macron sera successivement en Autriche, Roumanie et Bulgarie. Principal objectif : pousser à une révision rapide de la directive européenne sur le travail détaché, source de nombreuses dérives, en s'appuyant sur des pays jugés "coopératifs" sur ce dossier. Devant la presse, le chancelier social-démocrate autrichien, Christian Kern, a ainsi espéré que cette initiative permette d'"avancer" pour "enfin" achever la révision de la directive, jugeant "extrêmement regrettable que ce sujet reste ouvert depuis un an".
En revanche, Emmanuel Macron ne se rendra ni en Pologne ni en Hongrie, les deux États les plus mis en cause dans ce système qui permet aux entreprises d'envoyer temporairement au sein de l'UE des salariés dont les cotisations sociales restent versées aux pays d'origine, où elles sont beaucoup plus faibles.
Pour les analystes, il a de bonnes chances d'avancer sur ce sujet, avec le soutien de l'Allemagne. Selon Nicolas Véron, du Bruegel Institute de Bruxelles, "il n'est pas impensable qu'il y ait des changements", parce qu'il existe "des controverses très vives" sur les dérives du travail détaché dans les pays scandinaves ou les Pays-Bas.
Avec environ 500.000 ressortissants détachés chaque année dans l'UE, la Pologne est le pays qui a le plus à perdre d'une refonte du système. Pour Varsovie, le chef de l'État évite la Pologne pour diviser les pays est-européens. Beata Szydlo, Première ministre polonaise, avait annoncé en juillet que les pays du groupe de Visegrad (République tchèque, Hongrie, Slovaquie et Pologne) comptaient définir une position conjointe et négocier d'une même voix.

"Pas de bloc de l'Est contre bloc de l'Ouest"

C'est précisément ce que la France veut éviter. "Nous ne voulons pas qu'une séparation se recrée à l'intérieur de l’Union européenne entre plusieurs groupes de pays", affirme ainsi l'Élysée. Pour Paris, il ne doit pas y avoir sur ce sujet "un bloc de l'Est contre un bloc de l'Ouest".
À Salzbourg, Emmanuel Macron rencontrera, outre le chancelier autrichien, les Premiers ministres tchèque et slovaque, Bohuslav Sobotka et Robert Fico, puis à Bucarest, le 24 août, son homologue roumain, Klaus Iohannis. Le lendemain, en Bulgarie, il s'entretiendra avec le président et le chef du gouvernement bulgares, Roumen Radev et Boïko Borissov. Des pays longtemps délaissés par la France, observe-t-on à l'Élysée.
L'objectif de Paris est de parvenir à un accord sur le travail détaché lors du prochain conseil des ministres du Travail de l'UE le 23 octobre, après le conseil européen des 19 et 20 octobre.
La France, qui a accueilli 286.000 salariés détachés déclarés en 2015, est le deuxième pays d'accueil derrière l'Allemagne mais aussi le troisième pays d'envoi, avec environ 140.000 Français détachés. Or, ce système a conduit à des abus : non-déclaration, rémunérations très inférieures au Smic, dépassement des durées maximales de travail, etc. Selon un rapport sénatorial de 2013, la fraude concernerait entre 220.000 et 300.000 travailleurs illégaux en France.
En 2016, la Commission européenne avait par conséquent proposé de réformer les règles pour que les détachés touchent les mêmes avantages que leurs collègues du pays d'accueil et en limitant à deux ans leurs missions. La France veut réduire ce délai à un an.

Laurence Benhamou et Sabine Wibaux

Mercredi 23 Août 2017



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