
Flanqués dans la campagne, à quelque 200 kilomètres de Paris, les aéroports de Châteauroux et de Vatry présentent de nombreux points communs. Anciennes bases militaires, leur activité civile est récente. Et tous deux tentent depuis plusieurs années de faire valoir leurs atouts auprès des opérateurs de fret aérien. À ce jeu-là, Vatry semblait avoir pris une longueur d’avance. En 2009, l’aéroport de la Marne campait à la troisième place des aéroports régionaux français, derrière Marseille et Toulouse. Sur les ruines d’une ancienne base de l’Otan reconvertie en terrain d’entraînement pour le transport aérien de l’armée française, le Conseil général avait démarré dans les années 90 un programme qui permit à Vatry de devenir en 2006 le troisième aéroport parisien. Paris-Vatry a enregistré de belles performances, notamment par le biais de DHL ou de la compagnie cargo britannico-zimbabwéenne Avient qui assurait l’essentiel du trafic jusqu’à son redéploiement sur Liège en 2009. Depuis, la plate-forme marnaise n’a pas trouvé de second souffle. En 2012, elle enregistre 8.434 tonnes de fret avionné, ce qui est certes légèrement mieux qu’en 2011 (+ 0,7 %), mais demeure largement en dessous des 40.000 tonnes transportées en 2008 (- 32,4 %).
"Une zone de coopération économique franco-chinoise à Châteauroux"
Vatry travaille toutefois des pistes pour rebondir avec de nouveaux partenaires. 2012 aurait pu d’ailleurs être l’année du renouveau puisqu’en avril, une nouvelle ligne cargo était inaugurée par la compagnie Yangtze River Express. Trois liaisons hebdomadaires étaient prévues entre la Marne et Chengdu, connue pour son activité électronique et de haute technologie. La chinoise prévoyait de transporter 20.000 à 25.000 tonnes de produits par an à destination du marché européen, essentiellement des produits high-tech et des denrées périssables. Mais les espoirs ont été de courte durée. La ligne a été suspendue mi-juillet. Au Conseil général, où l’on a beaucoup investi dans l’aéroport pour son lancement comme pour sa survie, on continue d’y croire. "La crise économique a conduit Yangtze River Express à suspendre la ligne Vatry-Chengdu, mais cela ne signifie pas que le projet est enterré, assure le président, René-Paul Savary. Les négociations sont toujours en cours avec les Chinois. Nous envisageons d’ailleurs une session d’actifs de la plate-forme aéroportuaire à leur profit". Vatry propose deux aérogares de fret d'une capacité totale de 12.300 m² équipées d’un centre de traitement de denrées périssables et 800 hectares de réserves foncières.
Label "Cargo Friendly Airport"
À Châteauroux, c’est aussi du côté de la Chine qu’on se tourne pour assurer l’avenir de l’aéroport qui a traité 6.709 tonnes de fret avionné en 2012. En 2010, le président Hu Jintao en visite officielle en France, accompagné d’une trentaine d'entreprises chinoises, a visité les installations aéroportuaires de Châteauroux. Un déplacement qui précédait la création d'une zone d'activité économique franco-chinoise de 850 hectares autour de la plate-forme, avec son centre d’affaires installé dans un château tout proche. "L’aéroport et ses alentours ont été identifiés par un consortium franco-chinois pour établir une zone industrielle et logistique qui s’appuierait sur l’aérien, mais tirerait également profit des autres atouts de Châteauroux : son accessibilité, sa proximité avec Paris et le Nord de l’Europe, sa capacité foncière et ses tarifs attractifs", avance le directeur de l’aéroport, Martin Fraissignes. Le consortium franco-chinois travaille donc à séduire les entreprises susceptibles de s’installer dans l’Indre. Et la direction de Châteauroux-Centre se charge de démarcher les compagnies aériennes. "Le développement de la zone va de pair avec l’installation d’une compagnie cargo qui relierait la Chine à la France, note Martin Fraissignes. Nous avons entamé des négociations avec différentes compagnies, dont Air China, mais le contexte économique ralentit nos démarches. Il faudra certainement attendre deux à trois ans avant de compter sur une ligne régulière". D’ici-là, Châteauroux-Centre accueille depuis novembre 2012 un vol cargo Egyptair tous les jeudis. "Les vols sont pleins dans les deux sens, assure le directeur de la plate-forme. Des denrées périssables (haricots verts, fraises, raisins, etc.) arrivent d’Égypte où repartent principalement 85 à 100.000 canetons chaque semaine, mais aussi des composants électroniques et des pièces détachées". Mais le trafic de l’aéroport s’appuie essentiellement sur les brokers et les charters qui trouvent à Châteauroux des tarifs compétitifs. Labellisé "Cargo Friendly Airport", il attire vers lui des opérateurs en quête de mouvements rapides, flexibles et peu onéreux, en provenance notamment du Moyen-Orient ou de l’Afrique du Sud. Des opérations que Martin Fraissignes compte bien développer, tout en gardant à l’esprit que l’avenir est à l’est : "Le tiers du fret aérien devrait arriver de Chine dans les quinze prochaines années, rapporte-t-il. Personne ne peut négliger ce potentiel".
Fret avionné de Châteauroux
2008 : 6.615 tonnes
2009 : 8.664 tonnes
2010 : 6.420 tonnes
2011 : 6.672 tonnes
2012 : 6.709 tonnes
Variation 2011-2012 : 0,6 %
Variation 2008-2012 : 0,4 %
Fret avionné de Vatry
2008 : 40.455 tonnes
2009 : 22.442 tonnes
2010 : 7.887 tonnes
2011 : 8.372 tonnes
2012 : 8.434 tonnes
Variation 2011-2012 : 0,7 %
Variation 2008-2012 : - 32,4 %