Après la reconversion de La Mède, la France ne comptera plus que sept raffineries


Avec la reconversion de la raffinerie Total de La Mède (Bouches-du-Rhône) vers la production de biocarburants, la France ne comptera plus que sept raffineries de pétrole en activité en métropole, contre douze il y a six ans et plus de vingt avant les chocs pétroliers des années 70.


En 2014, les capacités des raffineries françaises n'ont été utilisées qu'à 79 % © Total
En 2014, les capacités des raffineries françaises n'ont été utilisées qu'à 79 % © Total
Ces dernières années, le pays a en effet vu fermer la raffinerie Total de Dunkerque (Nord) en 2010, puis celles de Petroplus à Reichstett (Bas-Rhin) en 2011 et à Petit-Couronne (Seine-Maritime) en 2013. Quant au site de l'américain LyondellBasell sur l'étang de Berre (Bouches-du-Rhône), il est "sous cocon" depuis 2012 (c'est-à-dire à l'arrêt mais entretenu, pour être prêt à redémarrer s'il trouve un repreneur) et en voie de fermeture définitive. "La restructuration du raffinage en France va se poursuivre, elle est nécessaire, de même qu'en Europe", avait averti le mois dernier Francis Duseux, président de l'Union française des industries pétrolières, soulignant que les pertes structurelles enregistrées par certains sites n'étaient pas tenables. Même analyse chez Total, qui souligne que La Mède perdait 150 millions d'euros par an depuis quatre ans. Avec le quasi-arrêt de l'activité de raffinage à La Mède, la capacité de raffinage française tombera sous les 62 millions de tonnes par an, mais restera toujours largement au-dessus des besoins.

Marges insuffisantes

En 2014, les capacités des raffineries françaises n'ont été utilisées qu'à 79 %, selon l'Ufip. Outre la baisse lente mais régulière de la consommation de carburants, liée à l'amélioration des moteurs de véhicules, aux efforts d'efficacité énergétique et à la morosité économique en Europe, le raffinage en France souffre de la domination écrasante du gasoil, qui représente plus de 80 % des ventes des stations-services. Or un baril de pétrole brut contient une quantité limitée d'essence et de gasoil, ce qui fait que le surplus d'essence doit être exporté tandis que la moitié du gasoil consommé dans le pays est désormais importé. L'industrie du raffinage souffre de marges très basses - de 20 euros par tonne en moyenne entre 2009 et 2013, alors qu'il faudrait qu'elles soient à 30 euros pour "équilibrer les coûts", selon l'Ufip -, en dépit d'un rebond en début d'année 2015.

"Le secteur représente 7.500 emplois directs et 30.000 emplois indirects"


Le secteur, qui représente 7.500 emplois directs et environ 30.000 emplois indirects, selon l'Ufip, est largement dominé par Total, premier raffineur de France et d'Europe, qui compte quatre sites dans le pays outre La Mède : Gonfreville-l'Orcher (Seine-Maritime), Donges (Loire-Atlantique), où le groupe investira 400 millions d'euros pour moderniser les installations, Feyzin (Rhône) et Grandpuits (Seine-et-Marne). Les autres sites en activité sont ceux d'Esso, filiale d'ExxonMobil, à Notre-Dame-de-Gravenchon (Seine-Maritime) et à Fos-sur-mer (Bouches-du-Rhône) et celui du britannique Ineos à Martigues (Bouches-du-Rhône). Enfin, une petite raffinerie fonctionne à Fort-de-France (Martinique). Elle est exploitée par la société Sara, dont le groupe français Rubis est en passe de prendre le contrôle. Cette vague de fermetures en suit une première, marquée par la disparition d'une dizaine de sites dans les années 80 après les deux chocs pétroliers de 1973 et 1979.

Inquiétude des producteurs d'oléagineux

La reconversion de la raffinerie Total de La Mède dans la production de biocarburants, annoncée jeudi 16 avril, inquiète les producteurs français d'oléagineux, qui craignent que des importations bon marché massives pénalisent la production française. Le projet de Total "viendra réduire la part de biocarburants issus de colza et de tournesol produit sur le sol français", s'est alarmé Arnaud Rousseau, vice-président de la Fédération française des producteurs d'oléagineux et de protéagineux (FOP). Le géant pétrolier "déplace le problème de la raffinerie de La Mède sur les agriculteurs français", a ajouté Arnaud Rousseau, lui-même exploitant agricole en Seine-et-Marne. Total a officialisé jeudi matin l'arrêt fin 2016 du traitement de pétrole brut à La Mède, qui sera transformé en "bio-raffinerie de taille mondiale (500.000 tonnes par an) qui produira du biodiesel grâce au raffinage d'huiles usagées en priorité et d'huiles végétales en complément". Selon le groupe, la récupération d'huiles usagées pourra représenter rapidement un tiers de l'approvisionnement du site, tandis que le reste sera acheté sur le marché, en France et à l'étranger. Mais la FOP, organisation professionnelle affiliée à la FNSEA, le premier syndicat français d'agriculteurs, craint une majorité d'"huile de palme importée", avec des "conséquences désastreuses" pour les producteurs français de colza et la filière française du biodiesel. L'inquiétude, c'est "que le biodiesel que va faire Total à partir d'huile de palme importée, à des coûts qui ne sont évidemment pas les mêmes que l'huile de colza, vienne nous sortir du marché", explique Arnaud Rousseau. Selon lui, la récupération d'huiles usagées en France ne représente un potentiel que de 10.000 à 20.000 tonnes par an, loin des 650.000 tonnes nécessaires à la production totale visée pour La Mède.

La CGT lance une grève

La CGT de la raffinerie Total de La Mède juge "inacceptables" les un peu moins de 200 suppressions de postes annoncées jeudi 16 avril par le groupe et a entamé une grève sur le site, bloquant la sortie de la production. "178 suppressions de postes (la direction en annonce 180, NDLR), c'est inacceptable et un investissement de 200 millions d'euros, ça peut paraître important mais, dans l'industrie, on ne fait pas grand-chose et certainement pas un projet industriel pérenne" avec cette somme, a déclaré Rachid Medhi, un des représentants de la CGT, majoritaire sur le site. Une grève, qui a débuté jeudi 16 avril à 4 heures, paralyse "les expéditions de tous les produits" qui sortent de la raffinerie, a-t-il précisé. Un autre représentant de la CGT, Julien Granato, a indiqué qu'il y avait "80 % de grévistes sur l'ensemble des personnels qui opèrent sur la raffinerie", soulignant que "la production n'était pas livrée mais était stockée". "Qu'un certain syndicat ait envie de mobiliser l'équipe de La Mède le jour des annonces sur La Mède, ce n'est pas complètement anormal, après laissons le dialogue s'instaurer et on répondra aux inquiétudes des gens", a estimé pour sa part le directeur général du groupe. Patrick Pouyanné a balayé les inquiétudes exprimées par la CGT sur la pérennité du site après sa reconversion indiquant : "La CGT ne dirige pas Total. D'ailleurs on lui a confié un peu trop notre raffinerie pendant un peu trop longtemps". De son côté FO, qui n'appelle pas à la grève, estime "qu'il n'y a pas de surprise" dans les annonces de la direction de Total, jugeant que les suppressions de postes ou les fermetures de sites en France sont les conséquences de "la stratégie du groupe qui construit des méga-raffineries au Moyen-Orient", a expliqué Bruno Casano, délégué FO au CE.

Amélie Baubeau

Vendredi 17 Avril 2015



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