L’interopérabilité ferroviaire européenne en question


"Limité et décousu", le bilan dressé par la Cour des comptes européenne sur le système de gestion du trafic ferroviaire ERTMS épingle les retards pris dans son déploiement. Faute de planification et d’évaluation économique précises, les gestionnaires d’infrastructures et entreprises ferroviaires rechignent à investir dans un projet qui se chiffre en milliards d’euros.


© Ekol
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Sur les 51.000 km du réseau ferroviaire central européen à équiper du système unique et interopérable ERTMS (European Rail Traffic Management System) d’ici 2030, seuls 4.121 km le sont aujourd’hui. Soit 8 %, alors que le calendrier initial tablait sur près de 20 % fin 2015 et 50 % fin 2020. Dans le même temps, seuls 2.700 matériels roulants ont été adaptés à cette nouvelle technologie  de contrôle-commande, signalisation et communication, soit 10 % du parc ferroviaire européen.

"La situation actuelle compromet la création d’un espace ferroviaire unique à l’échelle de l’Europe"


Conçu pour remplacer les différents systèmes de signalisation existants en Europe afin de permettre aux trains de circuler de façon ininterrompue sur le continent et redonner, ainsi, de la compétitivité et de l’attractivité au rail, son principe n’est toutefois pas remis en cause. Selon la Cour des comptes européenne (CCE), son déploiement se heurte à la réticence des gestionnaires d’infrastructures et entreprises ferroviaires à investir. Afin d’aider les États membres à déployer l’ERTMS sur leurs réseaux ferrés, l’Union européenne a déjà alloué 1,2 milliard d’euros entre 2007 et 2013. Et pour la période 2014-2020, une enveloppe de 2,4 milliards d’euros est programmée. "La situation actuelle compromet non seulement la réalisation des objectifs fixés en 2030 en matière de déploiement et les investissements effectués jusqu’ici, mais également la création d’un espace ferroviaire unique, l’un des objectifs stratégiques de la Commission européenne", selon Ladislav Balko, rapporteur de la CCE. La Cour des comptes recense encore aujourd’hui une trentaine de systèmes de signalisation différents non interopérables dans l’Union.

De 80 à 190 milliards d’euros !

Pour justifier leurs réticences à investir dans le projet ERTMS approuvé par la Commission européenne en 2009, les gestionnaires d’infrastructures et entreprises ferroviaires soulignent que la participation de l’Union à son financement ne représente qu’une petite partie du coût global. Intégrant le démantèlement des systèmes existants, l’équipement du réseau central européen, composé de neuf corridors, supposerait en effet un investissement de 80 milliards d’euros d’ici 2030 (jusqu’à 190 milliards d’euros à horizon 2050 pour le réseau global européen composé de 123.000 km de lignes). Sans évaluation économique et retour sur investissements chiffrés, l’ampleur de ces dépenses est présentée comme le principal frein au déploiement de l’ERTMS. D’autant que la CEE rappelle que ces "investissements coûteux seront sans avantage immédiat pour ceux qui doivent les prendre à leur charge". En effet, les bénéfices attendus de l’ERTMS dépendent d’un maillage suffisant à l’échelle de l’Europe dans le cadre de trajets ferroviaires internationaux.

Relancer le projet

Limitant l’intérêt économique des différentes parties prenantes, la CCE pointe également les "problèmes de compatibilité entre les différentes versions d’ERTMS installées", ainsi que "la longueur des procédures de certification". Sur la base de ces constats, les auditeurs formulent plusieurs recommandations à commencer par une "évaluation précise des coûts de déploiement", incluant le démantèlement des systèmes de signalisation existants. Insistant sur "la compatibilité et la stabilité du système", elle suggère de concentrer "le rôle et les ressources de l’agence européenne pour les chemins de fer" sur le projet ERTMS, de mieux suivre son déploiement ainsi que les fonds alloués par l’Union.

Érick Demangeon

Mercredi 8 Novembre 2017



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