Les centrales à charbon n'ont plus la cote


La fermeture de la centrale de Hornaing dans le Nord, qui vient d'être validée par la justice, confirme les sombres perspectives de la production d'électricité à base de charbon en France, bien qu'elle connaisse en ce moment un étonnant regain d'intérêt.


© Eon
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Après l'arrêt début mars d'une des tranches fonctionnant au charbon de la centrale thermique EDF du Havre, la centrale de Hornaing, qui compte une seule unité d'une puissance de 235 mégawatts (soit le quart d'une centrale nucléaire moyenne), a fermé à son tour ses portes définitivement le 31 mars. Cette fermeture avait été décidée l'an dernier par son exploitant Eon France, filiale d'un des deux grands énergéticiens allemands. Et vendredi 29 mars, le tribunal de grande instance de Douai a débouté les syndicats du site, qui s'opposaient à cette décision. Une fin qui semble paradoxale, quand on sait que la production d'électricité à base de charbon a gagné du terrain sur le gaz depuis l'an dernier en Europe, y compris dans l'Hexagone (+ 35 %), en raison d'un afflux de charbon américain bon marché. Cet afflux est lui-même un contrecoup inattendu de l'essor du gaz de schiste aux États-Unis, qui a diminué Outre-Atlantique l'attrait de la production d'électricité à base de houille. Mais cet engouement n'a pas suffi à enrayer un mouvement de fond défavorable à l'utilisation du charbon dans le parc électrique français, qui y occupe déjà une place très minoritaire, avec seulement 3 % de la production nationale de courant l'an dernier.

Le poids des normes environnementales

En effet, Eon France avait confirmé en juin vouloir fermer d'ici 2015 cinq tranches sur les sept que comptent ses quatre centrales à charbon héritées de la Société nationale d'électricité thermique (Snet), situées à Saint-Avold en Moselle, Hornaing, Lucy en Saône-et-Loire, et Gardanne dans les Bouches-du-Rhône. Parallèlement, EDF restructure depuis plusieurs années son propre parc de centrales à charbon, construit pour l'essentiel entre 1950 et 1985. Il a ainsi programmé la fermeture progressive d'ici 2015 de 9 unités de 250 mégawatts, dont celle qui vient de fermer au Havre. Principal motif de ces fermetures en série, dans les deux cas : une directive environnementale européenne, dite directive GIC (grandes installations de combustion), adoptée en 2001.
Cette réglementation a imposé un durcissement draconien des limites d'émissions polluantes pour les centrales thermiques (en matière de dioxyde de soufre, monoxyde et dioxyde d'azote et de poussières), ce qui a condamné les installations françaises au charbon antérieures à 1975, dont la mise aux nouvelles normes est considérée comme trop coûteuse par les opérateurs. En outre, depuis le début de cette année, une autre mesure est venue plomber un peu plus les centrales à charbon les plus anciennes et donc les plus polluantes : la production d'électricité au sein de l'UE ne bénéficie plus depuis le 1er janvier d'une attribution gratuite de quotas d'émission de C02, ce qui pénalise particulièrement le charbon, l'énergie fossile qui émet le plus de dioxyde de carbone. Même si parallèlement, de nombreuses centrales à gaz et renouvelables (éoliennes, solaires, biomasse) se construisent, le gestionnaire du réseau électrique à haute tension, RTE, qui doit veiller à l'équilibre constant entre la production et la consommation de courant, avait prévenu l'été dernier que la fermeture d'ici 2016 des quinze unités au charbon mises en service avant 1975 rendrait la sécurité de l'alimentation électrique du pays "plus tendue" à cet horizon. En effet, ces installations servent à produire de l'électricité d'appoint lorsque la consommation de courant s'emballe, et jouent donc un rôle important pour la sécurité de l'approvisionnement électrique durant les pics de consommation hivernaux.

Frédéric Pouchot

Jeudi 4 Avril 2013





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