Des infrastructures en piteux état aux États-Unis


Le déraillement d'un train au nord d'Olympia au lendemain d'une panne d'électricité qui a paralysé l'aéroport d'Atlanta, jette une lumière crue sur le piteux état des infrastructures aux États-Unis dont la modernisation se fait attendre malgré les promesses du président.


L'association des ingénieurs civils américains a ainsi attribué aux infrastructures la note D (pour "déficientes") sur une échelle de A à F © Amtrak
L'association des ingénieurs civils américains a ainsi attribué aux infrastructures la note D (pour "déficientes") sur une échelle de A à F © Amtrak
Lundi 18 décembre, un train de passagers au nord de la capitale de l'État de Washington a déraillé dans des circonstances indéterminées faisant plusieurs morts. Le train 501, qui assurait la liaison entre Seattle et Portland, a déraillé vers 7 h 40 locales en passant sur un pont ferroviaire surplombant l'autoroute I5. Cet accident, dont le bilan restait à préciser, est survenu alors que l'aéroport d'Atlanta - premier au monde en termes de fréquentation - s'efforçait de retrouver un fonctionnement normal après une panne d'électricité géante qui l'a plongé dans le noir pendant onze heures dimanche.
L'origine du dysfonctionnement n'était pas précisément établie lundi, la compagnie d'électricité Georgia Power faisant état d'un "incident rare" et évoquant un incendie ayant endommagé des câbles. Mais des centaines de vols ont dû encore être annulés lundi.

"Un déclin qui s'accélère"

"C'est le symbole d'un malaise très profond dans la société américaine car il n'y a tout simplement pas eu, depuis de très nombreuses années, de dépenses suffisantes consacrées aux infrastructures de base du pays", a réagi Jacob Kirkegaard, expert à l'institut de recherches économiques de Washington, le Peterson Institute. "Il illustre un déclin qui s'accélère" et concerne non seulement les aéroports mais encore toutes les principales infrastructures des États-Unis : les autoroutes, les ponts, les ports, les rails et les tunnels, souligne-t-il.

"La prochaine décennie aura besoin de 42 milliards d'investissement"


Le problème est ancien et largement connu. Plusieurs catastrophes ferroviaires (Philadelphie en août, Hoboken en septembre 2016), l'effondrement d'un pont à Minneapolis (en 2007) étaient déjà venus le rappeler aux côtés de pannes à répétition du métro à Washington, des autoroutes du pays congestionnées ou encore d'un système d'acheminement et de traitement d'eau obsolète.
L'association des ingénieurs civils américains (ASCE) tire la sonnette d'alarme depuis longtemps. Dès 1998, elle a ainsi attribué aux infrastructures la note D (pour "déficientes") sur une échelle de A à F. Elle a aussi chiffré à quelque 3.600 milliards de dollars d'ici 2020 les besoins totaux d'investissements pour les moderniser.
Réagissant après l'accident de train, le président américain a estimé qu'il était plus que temps d'approuver rapidement un plan sur les infrastructures. "7.000 milliards de dollars dépensés au Moyen-Orient quand nos routes, nos ponts, nos tunnels, nos voies ferrées (et plus) tombent en ruine ! Plus pour longtemps !", a-t-il promis. "Nous allons reconstruire nos autoroutes, nos tunnels, nos aéroports, nos écoles, nos hôpitaux", avait-il déjà promis le soir de sa victoire le 8 novembre 2016, les qualifiant d'équipements "du tiers monde". L'administration Trump avait ensuite indiqué que 550 milliards de dollars seraient investis pour relancer une croissance américaine morose et rénover des infrastructures "négligées pendant trop longtemps".
"Qu'a fait l'administration Trump depuis janvier ? Absolument rien", constate Jacob Kirkegaard, relevant que le principal instigateur d'une politique de modernisation des équipements du pays était Steve Bannon, l'ancien conseiller du président poussé à la démission le 18 août. Il émet aussi des doutes sur la capacité de la Maison-Blanche à concrétiser une promesse de campagne dans la mesure où les investissements ne seraient pas des dépenses publiques mais "des réductions d'impôts supplémentaires pour les investisseurs privés afin qu'ils investissent dans les infrastructures".
En attendant, plus de 2 millions de passagers transitent chaque jour sur les aéroports américains. "La congestion des aéroports s'accroît ; 24 des 30 plus importantes plateformes vont bientôt expérimenter "le pic observé à Thanksgiving" au moins une fois par semaine", selon l'association des ingénieurs civils qui a chiffré à 42 milliards les besoins d'investissement pour la prochaine décennie. Thanksgiving à la fin novembre est aux États-Unis le week-end qui voit le plus de déplacements.
Pour 2018, les subventions publiques fédérales en faveur de l'amélioration des aéroports ne devaient, elles, représenter que quelque 3,4 milliards contre 2,9 milliards en 2017. C'est aujourd'hui essentiellement une taxe sur le kérosène qui finance le développement des plateformes aéroportuaires.
"La détérioration de nos infrastructures entrave notre capacité à être compétitif dans une économie mondiale florissante", a aussi prévenu l'ASCE. "Il faut sans doute que cela empire avant que cela ne s'améliore", conclut Jacob Kirkegaard, qui s'attend à l'avenir à d'autres incidents semblables à celui survenu à Atlanta.

Delphine Touitou

Mardi 19 Décembre 2017



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