Jakob Sidenius (Seayard) : "Chaque maillon de la chaîne est important"


Patron de la société de manutention Seayard et de son terminal à conteneurs, Jakob Sidenius s'apprête à terminer une bonne année. Mais il veut mettre la logique de place portuaire avant tout, évoquant les freins et les atouts de Marseille-Fos dans sa lutte face à la concurrence des ports étrangers.


Barges fluviales et porte-conteneurs transocéaniques se côtoient sur le Seayard Terminal © Franck André
Barges fluviales et porte-conteneurs transocéaniques se côtoient sur le Seayard Terminal © Franck André
"Le conteneur se porte bien à Fos". Jakob Sidenius se félicite d'une "croissance supérieure à celle du marché français". Le PDG de Seayard, qui préfère évoquer les bassins Ouest dans leur ensemble, souligne que cette croissance s'est "accompagnée d'investissements importants de la part de l'autorité portuaire et des opérateurs".
Le comblement de la "rotule", qui a fait l'objet d'une longue attente dans les bassins Ouest, est annoncé pour juillet 2020. Ses 300 mètres de quai supplémentaires permettront la jonction des deux terminaux de Fos 2XL (ceux de Seayard et d'Eurofos) et d'offrir "pratiquement un poste à quai supplémentaire".

Jakob Sidenius, PDG de Seayard © Franck André
Jakob Sidenius, PDG de Seayard © Franck André
Après la rotule, le sujet récurrent sera pour les années qui viennent la construction de la "virgule". Ce lien d'un kilomètre entre les terminaux ferroviaires des deux opérateurs est attendu pour fin 2021. "Pratiquement tous les trains sont communs aux deux sociétés, observe Jakob Sidenius. Pour le moment, ils doivent être formés sur le terminal public de Graveleau. Avec ce raccordement, nous gagnerons en capacité, en flexibilité et en fluidité".

Investissements privés

Du côté des investissements privés, il évoque le nouveau portique de type "Malaccamax" livré fin 2017 qui est entré en service seulement début novembre, le constructeur espagnol Paceco, qui devait s'occuper du montage et de la certification, ayant fait faillite entre-temps. Philosophe, Jakob Sidenius compare l'arrivé de l'outil à la naissance d'un éléphanteau : "la gestation et l'accouchement ont été difficiles mais c'est gros et ça vit longtemps". Plus haut que ses cinq prédécesseurs, dont deux super-post-panamax, cet engin d'une portée de 25 rangées de conteneurs "est capable de manutentionner les plus grands navires en cours de construction". Autre investissement cité, les neuf nouveaux cavaliers hybrides qui vont porter la flotte à 32 unités.
"L'accompagnement est aussi humain, ajoute le patron de Seayard. Nous avons énormément augmenté le nombre de dockers". Au total, 904 ouvriers dockers sont en poste, dont la grande majorité est employée par le Gemfos, structure de main-d'œuvre commune aux cinq manutentionnaires de Marseille et de Fos. Plus d'un sixième (149) ont été recrutés au Semform, l'organisme de formation mutualisé créé en 2017, et 90 sont mensualisés au sein de Seayard. Jakob Sidenius loue le double système, de pool de main-d'œuvre et de salariés dédiés à une entreprise qui permet de spécialiser le docker à ses propres besoins tout en s'adaptant aux aléas de trafic : "Cette année le charbon ne va pas fort, l'an dernier c'était les céréales…"

Les armateurs décisionnaires

Bien que la croissance des volumes de Seayard a été supérieure à celle du port (7 %) et donc à celle de son voisin Eurofos (qui traite près de 60 % des conteneurs à Fos), Jakob Sidenius se refuse à évoquer les résultats de son seul terminal, une question secondaire selon lui.

Le nouveau portique géant de Seayard enfin prêt à entrer en service après avoir été livré en pièces détachées en 2017 © Franck André
Le nouveau portique géant de Seayard enfin prêt à entrer en service après avoir été livré en pièces détachées en 2017 © Franck André
Le destin des manutentionnaires est dépendant des stratégies des armateurs et de leurs alliances au niveau mondial, même si les exceptions ne manquent pas. Hapag-Lloyd a ainsi récemment opté pour Seayard. Ce dernier traite aussi "quelques volumes de Cosco", à la fois actionnaire de l'acconier français et partenaire d'alliance de CMA CGM, qui possède un quart du capital de son concurrent.
"Les alliances se font sans nous, constate Jakob Sidenius. Ce qui est intéressant, c'est le potentiel commun de prolonger la croissance de ces dernières années. Ce qu'on fait en tant que place portuaire pour concurrencer Gênes, Barcelone, etc."
Sur ce point revient la question des infrastructures, notamment celle, récurrente, du réseau routier aux abords des terminaux de Fos. "C'est un frein", pour le patron de Seayard. Ce dernier attend beaucoup du projet de doublement de la D268, "important pour la fluidité présente et future de la circulation et la fiabilité du port car, au moindre pépin, le flux est bloqué. Les camions ne font pas bon ménage avec les ronds-points". Celui de la Fossette, en cours de modification, présentera bientôt des voies d'évitement. Jakob Sidenius pense aussi à la population locale, soumise aux bouchons, et aux travailleurs de la zone portuaire.

La "punition" du gasoil non routier

Autre frein au développement, la fin des exonérations fiscales du gasoil non routier (GNR), qui figure au projet de loi de finance 2020. Le dirigeant s'attend à un quasi-doublement du prix de ce carburant utilisé par les engins de manutention et prend cette mesure comme une "punition" en l'absence de solution alternative aux combustibles fossiles : "Nous ne consommerons pas un litre de moins lorsque le GNR sera plus cher. C'est injuste car nos concurrents étrangers n'y seront pas soumis. Ça va nous défavoriser, nous serons obligés de répercuter le surcoût sur nos clients".
Il aimerait plutôt "un peu d'accompagnement ou d'incitation" pour continuer de faire baisser la consommation de sa flotte de cavaliers, "un investissement sans rentabilité économique", selon lui, tout comme le remplacement récent de tous les éclairages du Seayard Terminal par des systèmes de Led.

"On exploite mieux son potentiel ensemble que chacun de son côté"


Un sujet sur lequel il estime que les professionnels s'entendent avec les services de l'État, le dédouanement du fret fluvial à l'import, actuellement à l'étude. "Il s'agirait de séparer les flux administratifs et physiques pour faire les formalités pendant trajet fluvial", comme c'est le cas à l'export depuis une dizaine d'années.
"Le handicap de la barge, c'est la lenteur", souligne Jakob Sidenius, qui estime que c'est aussi ce qui lui permet d'effectuer les formalités en temps masqué, contrairement au camion. "Un conteneur reste trois à quatre jours sur le terminal, quel que soit son mode d'acheminement. Deux jours de trajet fluvial, ce n'est pas si important si on économise deux jours d'attente pour le dédouanement". Pour lui, cette innovation peut augmenter la compétitivité du fleuve, qui offre cinq départs par semaine vers Lyon depuis Fos-sur-Mer.

Intérêt commun

Administrateur de l'Union maritime et fluviale de Marseille-Fos, Jakob Sidenius insiste sur la notion de place portuaire : "On exploite mieux son potentiel ensemble que chacun de son côté", citant la formation des dockers, comme un exemple heureux d'investissement commun.
Il pointe aussi la responsabilité de chaque acteur : "Dans la chaîne logistique, chaque maillon est important et doit faire le nécessaire, c'est pourquoi je parle d'intérêt commun". Il s'intéresse ainsi à la pénurie de main-d'œuvre chez les logisticiens et les transporteurs routiers, qui pourrait "devenir (son) problème".
De l'imminent projet stratégique du port, il attend qu'il soit "celui des entreprises de la place portuaire" et se dit optimiste : "Nous avons le potentiel pour prolonger la croissance du GPMM, pour le bien de toute la famille portuaire. D'autant que nous avons quelque chose de rare : l'espace".
Enfin, dans la méfiance ambiante vis-à-vis des activités industrielles, il regrette que l'image publique du port soit "déséquilibrée". Pour lui, "on parle souvent des aspects néfastes mais il faut évoquer les emplois générés pour tout le territoire. Il ne faut pas oublier que la France exporte elle aussi et qu'elle a besoin d'emplois".

Franck André

Mercredi 20 Novembre 2019



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