Le moteur connaît des ratés chez l'ex-Norbert Dentressangle


L'offre de rachat de Norbert Dentressangle par l'américain XPO avait surpris jusqu'à son fondateur mais elle devait réaliser son "obsession" : assurer la pérennité du transporteur routier. Un an plus tard, l'inquiétude grandit chez les salariés, sur fond de conflit d'actionnaires.


© XPO
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L'assemblée générale ordinaire du groupe, vendredi 24 juin à Lyon, fournit une nouvelle occasion au fonds Elliott Capital - qui a mis des bâtons dans les roues de XPO en acquérant quelque 9 % des titres - d'attaquer la direction. Il réclame la destitution de Troy Cooper, qui a remplacé l'ancien président du directoire Hervé Montjotin parti sans piper mot en septembre, et accuse la maison mère américaine de vouloir "siphonner" sa nouvelle filiale européenne. Ce fonds "vautour", connu pour ses manœuvres sur la dette argentine, a raflé ses actions Dentressangle au prix fort lors de l'OPA lancée par XPO et cherche, à n'en pas douter, à faire fructifier sa mise. Mais ses griefs rejoignent les préoccupations des salariés sur les intentions du nouveau propriétaire.
"Ce n'était pas tout rose du temps de Norbert mais lui au moins avait un projet de développement à long terme. Aujourd'hui, on n'est plus du tout dans le même état d'esprit", estime Victor Nevès, délégué central FO (majoritaire). "On a affaire à des gens qui veulent faire de l'argent. On leur demande leur "business plan", ils nous répondent avec des "objectifs". Quand ils les auront atteints, ils nous revendront au plus offrant ; si la meilleure option c'est de démanteler, ils le feront", ajoute le syndicaliste, pas rassuré sur l'avenir par le dernier comité de groupe, mercredi 22 juin.

"On a affaire à des gens qui veulent faire de l'argent"


Un scénario que balaie la direction de XPO : "La société a une stratégie mondiale de croissance de long terme. Son intention est de renforcer sa position de leader dans le marché mondial de la supply chain, qui comprend pour une part très significative l’Europe". Et d'assurer que rien n'a changé chez Dentressangle, dans les conditions de travail comme pour le dialogue social. Ni le calcul de la participation des salariés aux bénéfices, dont la baisse a provoqué une grève dans la branche logistique, en avril. Qui n'a concerné, au plus fort, que 20 % des effectifs, souligne un porte-parole de XPO en expliquant cette moindre participation par "une moindre performance de certains sites" et "en aucun cas" par l'opération de rachat.
Mais il n'y a pas que ça. Des suppressions de postes à Monteux (Vaucluse) et Lagny (Oise) alimentent des craintes sur l'emploi, malgré l'engagement de XPO à maintenir les effectifs pendant dix-huit mois. Engagement tenu, selon la direction, qui précise que seuls 66 postes sont menacés, soit "moins de 1 % du périmètre logistique France", avec des propositions de reclassement. "Reste que les dix-huit mois expirent bientôt. Et s'ils licencient en France pour embaucher en Pologne, l'engagement sera toujours tenu car il porte sur l'Europe", relève Victor Nevès, inquiet aussi de la dette de l'entreprise, supérieure à un milliard d'euros. Un montant "pas négligeable mais tout à fait acceptable" pour un groupe qui a "toujours été géré de façon très saine dans un secteur à petites marges", répond une source proche de la direction : "XPO hérite de cette situation sans qu'il y ait de choses particulières à mettre en place".

Redevance sur la marque

Un prêt "inter-entreprise" de 657 millions d'euros a toutefois été contracté dans la foulée de l'acquisition entre XPO et l'ex-Dentressangle, à un taux "très avantageux" (5,625 %) qui aurait rapporté 20 millions d'euros en un an à la maison mère, dénonce Elliott Capital: "cela revient à faire participer la société au financement de son propre rachat". "Une opération tout à fait normale à l'issue d'une transaction impliquant un changement de contrôle", rétorque la direction qui affirme ne pas avoir trouvé meilleure solution de refinancement depuis.
D'après Elliott, XPO compte aussi facturer à sa filiale l'utilisation de son logo, après avoir drapé de blanc les camions rouges qui faisaient la notoriété du groupe français. Là encore, rien d'anormal selon la direction, Norbert Dentressangle ayant refusé que l'activité se poursuive sous son nom et XPO Europe devant tirer profit de son nouveau nom "sur le long terme". "Depuis l’acquisition, la société a utilisé la marque XPO gratuitement. A un moment donné, elle paiera des frais" dont le montant sera évalué par un "expert tiers", confirme-t-elle.
Il y a un an, Hervé Montjotin expliquait au contraire que des efforts seraient nécessaires pour "remonter la visibilité de la marque américaine", inconnue en Europe... La bataille est donc loin d'être terminée. Elliott y a ajouté une procédure "ut singuli" qui vise à engager la responsabilité financière personnelle des dirigeants du groupe, anciens et actuels. Du "chantage" et du "harcèlement", selon XPO.

Pierre Pratabuy

Vendredi 24 Juin 2016



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