Toulon : le jour d'après pour le port de Brégaillon


Le départ brutal de DFDS et son service roulier avec la Turquie a laissé un grand vide sur le port de Toulon, qui partait pour boucler une nouvelle très bonne année. L'heure est à la recherche de nouveaux trafics, avec une volonté de diversification.


© Studio Colas
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"Au 30 septembre, tous les indicateurs sont au vert". À Toulon, rien ne laissait présager le "coup de tonnerre" du départ de DFDS à Sète. Même son directeur ne l'avait pas vu venir. "Nous sommes en plein paradoxe, constate Jérôme Giraud, au moment de dresser le bilan des neuf premiers mois de 2019. Il y a quelques semaines, nous envisagions l'avenir avec sérénité. Tout est remis en question".
Pourtant, cette liaison en navire roulier entre Brégaillon et le port turc de Pendik initiée par UN Roro en 2010 "avait trouvé sa place", avec près de 70.000 remorques et un million de tonnes l'année dernière. "Nous étions leader sur des liaisons entre la Turquie et la Méditerranée occidentale, avance le directeur exécutif des Ports de la rade de Toulon. Et deuxième pour la Méditerranée tout court derrière un port de Trieste, hors catégorie".

"Ce n'est pas la conséquence d'une concurrence fratricide entre deux ports français"


Le tout avec des taux de remplissage qui feraient rêver beaucoup d'armateurs et de directeurs de ports : "Les bateaux étaient pleins à l'aller comme au retour".
Fin septembre, le trafic de cette liaison était en baisse de 6 % en nombre de remorques (49.124) et en tonnes (655.576) mais en forte hausse s'agissant du conteneur, passé de 3.500 à 12.000 EVP. La ligne avait été réduite de trois à deux rotations par semaine depuis juillet.

Arbitrage inattendu

L'histoire s'est écrite en deux temps. UN Roro, qui avait racheté Ulusoy Roro début 2017, est passé à son tour aux mains du danois DFDS en juin 2018. Ce dernier, après avoir repris les trafics maritimes de son ex-concurrent, le logisticien turc Ekol, s'est retrouvé avec deux services entre la Turquie et la France et cinq navires répartis entre Toulon et Sète. Le marché devait décider. La phase de test de six mois initiée en juillet a tourné court et la rationalisation attendue s'est faite contre toute attente au profit du port de l'Île singulière.
"Ce n'est pas la conséquence d'une concurrence fratricide entre deux ports français de la façade méditerranéenne mais de l'arbitrage d'un opérateur privé pour des raisons qui lui appartiennent", souligne pourtant Jérôme Giraud.
Un des deux services était rentable, l'autre non. Mais Sète a l'avantage de la proximité avec l'Espagne, destination des produits du fabricant de textile Inditex (Zara, Pull&Bear, Stradivarius, Massimo Dutti, Bershka, Oysho et Uterqüe), premier client d'Ekol et principal fournisseur des 20 à 30.000 remorques annuelles échangées entre Istanbul et le port languedocien.

Un terminal refait à neuf

N'empêche, Jérôme Giraud ressent "de l'amertume devant cet arrêt brutal". Pour accompagner ce trafic en forte croissance, la CCI avait consenti un investissement global de 12 millions d'euros sur cinq ans, "dont 7,9 millions encore non amortis". La remise en service de la voie ferrée desservant le port de Brégaillon en était le dernier élément (à 3,5 millions d'euros). Le tronçon devait être livré, début 2020.
Le reste s'est matérialisé par deux zones de stationnement, les chaussées lourdes de 100 % des installations portuaires et une nouvelle porte d'accès au terminal tout juste achevée et qui n'a jamais vu passer un camion.

Un retour de Grimaldi et LDA ?

Le directeur du port doit trouver dans l'urgence des trafics roulants de remplacement, d'opportunité pour commencer, car "il n'y a rien de pire pour un port que d'être à l'arrêt". Jérôme Giraud dit viser notamment les voitures de location revenant de Corse à la fin de la saison.
Pour ce qui est des flux réguliers, il souhaite du roulier avec capacités passagers plutôt que l'inverse afin d'occuper le terminal de la Seyne-sur-Mer et lorgne vers les trafics Europe-Maghreb de Grimaldi (Naples) ou Louis Dreyfus Armateurs. Le port avait bien su se relever après l'arrêt en 2009 de la ligne Toulon-Civitavecchia, opérée par GLD Lines, joint-venture de ces deux armateurs français et italien.
"C'est un coup dur mais nous avons la capacité de rebondir, positive Jérôme Giraud. Notre fiabilité est connue et reconnue, notre compétitivité aussi, en termes de productivité comme de coût". Dans son malheur, le port varois peut désormais compter sur un terminal entièrement neuf. "Le seul reproche qu'on pouvait faire à Toulon était que ses installations étaient vieillissantes : ce n'est plus le cas". Dans tous les cas, il aimerait éviter à l'avenir une situation d'opérateur unique.

"Nous avons la capacité de rebondir. Notre fiabilité est connue et reconnue, notre compétitivité aussi"


"En parallèle, nous œuvrons à développer un portefeuille diversifié, nous continuons à nous positionner sur le conventionnel et le vrac", annonce le directeur, qui attend la nouvelle voie ferrée comme un atout pour attirer des trafics de "project cargo" à l'export.
Après les importations de sédiments monégasques, les exportations de granulats destinés à l'agrandissement de la principauté ont dopé ce segment des vracs et du breakbulk, passé de 120.000 à 817.000 tonnes en année glissante.

Corsica Ferries se porte bien

Du côté du passager et de Corsica Ferries, l'autre client exclusif du port de Toulon, tout va bien. La compagnie relie Toulon à la Corse, à la Sardaigne depuis trois ans et aux Baléares depuis un an et demi. Toutes les composantes de son activité sont en hausse. De janvier à septembre, le trafic passager a augmenté de 9 % (1,708 million de voyageurs), les véhicules de tourisme de 8,4 % (564.176 unités) et le fret roulier de 6,2 % en nombre d'unités (21.124 poids lourds) et de 0,8 % en tonnage (384.805 tonnes).
"Nous avançons d'autant plus sereinement que nous investissons dans l'électrification des quais". L'énergie aura trois sources : le réseau Enedis, la production locale en autoconsommation grâce à des batteries et la pile à combustible à hydrogène. La première escale "zéro fumée" doit avoir lieu fin 2020. L'ensemble des ferries en escale longue doivent être connectés d'ici 2021.
"La réussite de Corsica Linea à Marseille avait causé une érosion du trafic avec la Corse. Cette érosion est terminée", commente Jérôme Giraud, qui s'attend à ce que l'activité ferries dépasse 1,7 million de passagers, toutes destinations confondues sur l'ensemble de l'année. Pour le segment de la croisière, il annonce un cumul de 150.000 passagers en 2019, soit une progression de près de 25 %.

© Studio Colas
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Franck André

Mardi 10 Décembre 2019



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