Travail détaché : les routiers mobilisés contre le dumping social



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Ils veulent "à travail égal, salaire égal" : quelques centaines de routiers ont manifesté mardi 21 novembre aux frontières, vers l'Italie et la Belgique notamment, pour protester contre l'exclusion du transport routier de la nouvelle directive européenne sur le travail détaché. Les deux plus importantes actions ont été organisées dans le Nord et en Savoie. Elles ont été levées à midi. Dès 6 heures, à Modane, des routiers ont bloqué avec des palettes l'accès des camions au tunnel du Fréjus, axe majeur vers l'Italie, obligeant de nombreux poids lourds à stationner en amont (jusqu'à 230 au plus fort de la matinée). À la frontière franco-belge, le barrage filtrant installé vers 7 h 30 sur l'autoroute A22 à l'ancien-poste frontière de Rekkem, à hauteur de Menin, a occasionné jusqu'à 10 km de bouchons, qui selon la préfecture se résorbaient doucement à la mi-journée. Environ 200 routiers ont pris part à ce rassemblement. Les routiers ont mené des actions sur "trois points symboliques" (Rekkem, Modane, Irun en Espagne) "dans un bon état d'esprit". C'est "un avertissement pour l'Europe", "l'objectif est atteint", s'est réjoui Pascal Goument (CFTC). Les cinq syndicats routiers (CFDT, CGT, FO, CFTC et CFE-CGC) ont écrit mardi au président, Emmanuel Macron, pour être reçus. Dans leur lettre, ils dénoncent les "conséquences désastreuses" de l'exclusion du secteur routier de la directive européenne renégociée le mois dernier. "Votre renoncement" va entraîner "assurément dans un avenir proche la mort du métier de conducteur en France", poursuivent-ils. Sur le terrain, les routiers se sont employés à faire la pédagogie auprès des automobilistes. "Il n'y a pas eu d'énervement. On leur a expliqué les écarts de salaires" entre un chauffeur français, payé en moyenne "1.700 euros pour 200 heures par mois" et un "Polonais ou autre" gagnant "beaucoup moins en accomplissant de nombreuses heures en plus", a rapporté Fabien, chauffeur CGT présent près d'Irun, à la frontière espagnole où vingt à trente chauffeurs ont distribué des tracts. Selon lui, "certains grands groupes n'hésitent pas à licencier des conducteurs pour faire appel à des chauffeurs étrangers". Des actions ont également été menées au pont de l'Europe à Strasbourg, à la frontière du Luxembourg, ainsi qu'au péage de la Turbie, près de Monaco. Cette journée s'inscrit dans le cadre d'une semaine de mobilisation initiée par l'ETF, fédération européenne des travailleurs des transports.

Pas attendre "dix ans"

Pour obtenir un compromis au sein de l'UE, la France a accepté en octobre d'exclure le transport routier de la directive révisée sur le travail détaché. Pour ce secteur hyper concurrentiel, l'ancien texte continuera de s'appliquer jusqu'à la réforme du "paquet mobilité" consacré à la profession, en cours de négociation. En attendant, les routiers détachés continueront de percevoir au moins le salaire minimum local, mais pas l'ensemble des éléments de rémunération (prime de repas, frais d'hébergement, etc.) des travailleurs nationaux, ce que va permettre la nouvelle directive pour les autres secteurs. Les routiers veulent "à travail égal, salaire égal tout de suite, pas dans dix ans", explique Patrick Blaise (CFDT). Les routiers détachés en France sont "des esclaves modernes", qui vivent le week-end sur les parkings français dans des conditions parfois miséreuses, soulignent les syndicats. "On ne veut pas que les routiers soient les esclavagistes de la route. Quand les gens sont sur le sol français, ils doivent avoir les mêmes droits. Quand ils viennent travailler ici pour deux fois moins cher que nous, on a du mal à garder notre boulot", a expliqué Antoine Fatiga (CGT) à Modane. En 2016, le nombre de travailleurs détachés en France a fortement progressé (+ 23,8 %) pour atteindre le total de 354.151 salariés.

Sylvie Husson

Mardi 21 Novembre 2017



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