UPR : "Il faut davantage de privé dans les stratégies portuaires"


Directeur général du groupe Normandie Logistique (450 salariés), Christian Boulocher (62 ans) a pris, le 5 juillet dernier, la présidence de la puissante Union portuaire rouennaise (UPR). Dans un esprit de continuité après dix années assurées avec combativité par Philippe Dehays. Mais aussi d’ouverture tous azimuts.


© Éric Houri
© Éric Houri
Depuis plusieurs mois, une réforme de la gouvernance des ports, et en particulier de ceux de l'axe Seine est dans l’air du temps. Avez-vous des informations sur l’évolution de ce dossier ?

Je n’ai pas la moindre information et effectivement le temps passe. Avec tous nos interlocuteurs, le message préalable que nous délivrons, c’est : une réforme, pourquoi pas mais surtout pour quelle stratégie ? Il faut toujours se méfier des fausses bonnes idées. En cas de rapprochement des entités portuaires, va-t-on réellement faire baisser les coûts, ce qui semble l’un des objectifs affichés. Le plus important, c’est que les ports existent, avec leurs spécificités, leurs particularités, leur savoir-faire. Quels trafics supplémentaires pourront-ils capter ? Il faut éviter que toute modification ne devienne un frein au développement de chacun d’entre eux. Rouen est un port d’intérieur avec un hinterland à 360 °C et des capacités foncières idéales pour s’imposer comme une place logistique majeure, à proximité du bassin de consommation francilien. Ce port doit se développer appuyé sur ses trois piliers : les vracs solides, les vracs liquides et les marchandises diverses, dont les conteneurs. En termes de respect de l’environnement, il est quand même plus écologique de faire remonter des bateaux à Rouen que toute autre solution logistique.

Christian Boulocher, président de l’UPR © Éric Houri
Christian Boulocher, président de l’UPR © Éric Houri
Votre prédécesseur, dont on ne peut pas mettre en doute sa combativité au service du port de Rouen, reconnaissait toutefois volontiers le handicap d’être un port de rivière. Vous semblez préférer l’expression port intérieur…

Les mots ont un sens et port de rivières me semble réducteur. Rouen est un port maritime et fluvial. Et grâce à ses terminaux en aval de l’agglomération mais aussi à Radicatel, Honfleur, etc., ce sont les trafics maritimes qui font les tonnages. Il serait donc stupide de sacrifier Rouen au fluvial. On le sait, la grande force de Rouen, ce sont les céréales. Pourquoi ne pas capitaliser sur cette force et ne pas massifier davantage les flux plutôt que les disperser sur la façade atlantique par exemple.

Dès votre élection, vous avez mis en place des groupes de travail avec pour maître-mot l’ouverture et pour objectif de rendre les premières copies en septembre. Quels ont été les bons élèves ?

Les premières réunions se sont déroulées pendant l’été. Je ne sais pas si le terme groupe de travail est le meilleur. L’important est de travailler en équipe et en entonnoir. Lors du conseil d’administration du 18 septembre, une première sélection d’actions à mener sera opérée, avec hiérarchisation et priorités à soumettre ensuite au comité directeur. Un exemple, Catherine Cornu, présidente du pilotage de Seine qui anime le volet Cop21 et RSE, a travaillé avec Loïc Thomas, président du groupe TSM, en charge des aspects techniques et technologiques. Ils ont rencontré Frédéric Sanchez, le président de la métropole pour être force de proposition, sous forme d’avant-projet sommaire dans le projet de navette traversant la Seine à Rouen.

Comment se porte à vos yeux le port de Rouen, les points positifs et les points négatifs ?

On connaît l’importance des céréales à Rouen. Après une année de grande dépression entre 2016 et 2017, on semble s’orienter vers un bon cru. C’est d’autant plus encourageant que l’approfondissement du chenal s’achève et va autoriser l’accueil de navires plus capacitaires. Autre très bonne chose, même si on peut considérer que le Grand Port maritime de Rouen (GPMR) a communiqué sur ce sujet tardivement, c’est la baisse des droits de ports, ce qui n’est pas courant. On peut ajouter le dialogue retrouvé de l’UPR avec la métropole, le GPMR et la région. Enfin, la parution de l’appel à projets pour l’extension de la zone Rouen Vallée de Seine Logistique (RVSL) est également une bonne chose. Parmi les points négatifs, en premier lieu me viennent les incertitudes qui demeurent sur la gouvernance des ports. Les aspects stratégiques doivent être prioritaires, avec une prise en compte plus importante des attentes des entreprises privées pour les aspects marketing et commerciaux. Dans ce domaine, Haropa n’a pas donné toute satisfaction. Ce qui est sûr, c’est que nous avons beaucoup de travail à venir. La cohésion, nous l’avons. Peut-être devons-nous y ajouter plus de cohérence collective.

"Un port d’intérieur avec un hinterland à 360 °C"


Sur quoi repose, selon vous, l’avenir du port de Rouen ?

Les sujets sont différents selon les filières. Il faut réfléchir en termes de tonnes, d’emplois et d’investissements. Les opérateurs de vracs sauront s’adapter et gérer la transition énergétique en investissant. J’ai confiance. Concernant les marchandises diverses, il existe une tradition rouennaise qu’il ne faut pas oublier. Bien sûr, Le Havre peut accueillir des porte-conteneurs de plus de 20.000 EVP, ce qui est impossible à Rouen. Mais si le port du Havre atteint les objectifs qu’il s’est fixés, il ne pourra pas tout traiter avec ses terminaux et ses dessertes routières déjà congestionnés. Le terminal multimodal ne suffira pas. Pourquoi ne pas imaginer de traiter les boîtes au Havre au plan documentaire et la marchandise à Rouen, mieux positionné au plan géographique ? Il faut être vigilant au maintien de l’outil à Rouen.

Pourquoi certains projets rouennais semblent scotchés ou à tout le moins avancer au ralenti. Je pense à Alizay ou aux extensions autour de Radicatel ?

En matière portuaire, certains projets peuvent aller très vite, d’autres moins voire être enterrés. Il faut davantage de concertation entre privé et public. Ce qui, je le répète, est l’un des objectifs prioritaires de l’UPR, un ensemble de plus de 120 entreprises, bien organisées, bien structurées et soucieuses d’être un acteur positif avec ses interlocuteurs privilégiés, le port, la région et la métropole, avec l’objectif de participer aux réflexions pour le développement sans oublier ce qui a déjà été fait.

Vincent Rogé

Jeudi 22 Novembre 2018



Lu 958 fois



Dans la même rubrique :
< >

Mercredi 28 Novembre 2018 - 14:44 Brexit : les transitaires havrais se préparent


     

Entreprises | Infrastructures | Institutions | Transport maritime | Transport aérien | Transport routier | Transport fluvial | Transport ferroviaire | Transport multimodal | Transport express - Messagerie | Logistique - Supply Chain | Énergie | Matières premières - Négoce | Industrie | Services | International | Développement durable | Faits divers





Accès rapide





















 

Qu'est-ce que L'Antenne ?

Le site internet de L'Antenne est la première plateforme B2B française de services et d’actualité consacrée au secteur du transport et de la logistique. Quotidiennement nous traitons de l’actualité du fret maritime, aérien, routier, fluvial, ferroviaire et multimodal ainsi que de la logistique, de l'industrie, de l'énergie et des matières premières. Nous apportons aux professionnels des outils et services qui facilitent leur travail et aident à la prise de décisions. Chaque année, nous éditons des guides de référence dans le secteur : "Le Fret aérien pratique" et "Le Fret maritime pratique" en plus de notre guide pratique des Incoterms©. L'Antenne est aussi organisateur de salons sur les thématiques du transport multimodal de fret, de l’export et de la logistique.

Mentions ours

Design réalisé par Caroline BALDINI.

Plan du site

Syndication

L'Antenne est édité par SPI (sarl au capital de 1.000 euros)
R.C.S. 823 175 435. ISSN : 0395-8582
CPPAP : 0319T79480
Dépôt Légal à parution
Associés : Info6tm (99 %) et Raisin blanc (1 %)
Siège social : SPI - Immeuble Valmy B - 137, quai de Valmy - 75010 Paris
Tél.  : 04.91.33.25.81 - Fax : 04.91.55.58.97
Site internet : www.lantenne.com   
Directeur général : Jean-Christophe Klein
Directeur de la publication : François Grandidier
Publicité : Frank Revenaz (directeur commercial) 04.91.13.71.60
Philippe Scremin (commercial Paris/Normandie) 06.21.88.97.42
Abonnement : Françoise Uhlmann (assistante commerciale) 04.91.13.71.62    
Annonces maritimes : 04.91.33.83.02 
Rédaction : Vincent Calabrèse (rédacteur en chef) v.calabrese@lantenne.com 
Franck André (rédacteur) f.andre@lantenne.com 
Virginie Grunchec (secrétaire de rédaction) redaction@lantenne.com 
Graphistes : Michel Durand et Adelina Miganne - pao@lantenne.com 
Imprimerie : Riccobono - 115 chemin des Valettes - 83490 Le Muy