Après un décembre noir, la ministre des Transports au chevet de la SNCF


Les dirigeants de la SNCF avaient rendez-vous lundi 8 janvier au ministère chargé des Transports pour une "réunion de travail" visant à tirer les leçons des incidents qui ont affecté les gares parisiennes en décembre, provoquant la colère de dizaines de milliers de passagers.


© SNCF
© SNCF
La SNCF a fait face à une succession de pannes à Montparnasse et Saint-Lazare, et à une grande pagaille due à un afflux inattendu de voyageurs à Bercy la veille de Noël. Fin juillet déjà, une défaillance de la signalisation avait paralysé Montparnasse pendant trois jours, en plein chassé-croisé estival.
"On a vécu une séquence qui a été désagréable pour tout le monde, où un certain nombre d'incidents ont fait la une de beaucoup de médias", a résumé la ministre chargée des Transports, Élisabeth Borne. "Évidemment, ces incidents, c'est un sujet de crispation ou d'incompréhension pour les voyageurs", a-t-elle confié tout récemment. "Ce n'est forcément pas satisfaisant pour moi - et je le dis clairement, je ne m'en satisfais pas -, les dirigeants de la SNCF ne s'en satisfont pas et, forcément, c'est aussi très pénalisant pour les cheminots, pour lesquels ce n'est pas agréable de voir leur entreprise pointée du doigt".
Faisant publiquement part de son mécontentement dans une lettre au ton agacé envoyée entre Noël et le Nouvel An, elle a convoqué le patron de la SNCF, Guillaume Pepy, et le responsable du réseau, Patrick Jeantet, pour un grand débriefing. "Je leur ai proposé une réunion de travail, je pense qu'on en a besoin", a-t-elle précisé jeudi 4 janvier.
La plupart des incidents récents sont la conséquence d'une grande vague de travaux en cours sur le réseau classique, après des décennies de sous-investissements quand la SNCF - et les gouvernements successifs derrière elle - n'avait d'yeux que pour le TGV. Le bug informatique qui a paralysé Montparnasse début décembre a, par exemple, été provoqué par la manipulation malencontreuse d'un logiciel datant des années 1980, alors qu'il s'agissait d'augmenter le nombre de trains susceptibles d'entrer en gare. Des problèmes comme ça, "il y en aura d'autres", soupire-t-on au sein du groupe public.

"L'avenir du modèle ferroviaire français sera dévoilé fin janvier"


L'idée est de les éviter autant que possible, ou au moins d'en atténuer les effets, par exemple en détournant les trains vers d'autres gares. Et surtout de bien prévenir les passagers en cas de perturbation. Et c'est là que le bât blesse souvent, la SNCF ayant encore du mal à parler à ses clients. À cet effet, le groupe public a lancé cet été le programme Rob.In, censé mettre l'accent sur la robustesse des services ferroviaires (Rob) malgré les chantiers et sur l'information des voyageurs (In). La réunion de lundi devait surtout permettre de faire le point sur sa mise en œuvre.
La SNCF devra, selon Élisabeth Borne, apporter "une attention particulière" à ce que les chantiers ne se traduisent pas par "une multiplication des incidents pour les voyageurs du quotidien", et veiller à ce "que les conséquences de ces travaux soient pleinement prévisibles et annoncées".
La ministre et les dirigeants de la SNCF - qui se sont vus plusieurs fois sur le terrain ces derniers jours - pourront aussi évoquer l'avenir du modèle ferroviaire français, qui fait l'objet d'un rapport confié à l'ancien patron d'Air France, Jean-Cyril Spinetta. Le texte doit être rendu à la fin janvier, et aider à (re)définir le rôle du chemin de fer tel qu'il sera précisé dans une loi d'orientation des mobilités promises pour avril.

Des problèmes d'effectifs

"Il y a des problèmes d'effectifs, Guillaume Pepy n'en parle pas", a déploré Philippe Martinez, numéro un de la CGT. "Il faut embaucher dans tous les domaines, redonner de la cohérence à la SNCF, retrouver un groupe compact et des investissements", a-t-il dit.
En attendant, Guillaume Pepy, président du groupe depuis bientôt dix ans, aura essuyé une tempête de plus dans sa longue carrière au sein de la SNCF. S'il n'a pas vraiment risqué son poste, il a dû une fois encore faire amende honorable et promettre des améliorations, mettant en avant de bons chiffres de fréquentation et l'arrivée prochaine de nouveaux services.

Ce qui ne tourne pas rond à la SNCF

Quels sont les problèmes ?
Les incidents récents, très médiatisés, dans les gares parisiennes sont venus s'ajouter aux problèmes rencontrés tous les jours sur les voies ferrées françaises : annulations de trains, retards, grèves, vétusté des trains... La SNCF a été particulièrement critiquée pour la mauvaise qualité de ses informations aux passagers.

Qui est responsable ?
Les torts sont partagés. Le réseau ferré national n'est pas en très bon état, conséquence de plusieurs décennies de sous-investissement sur les lignes classiques, au profit du "tout TGV". Et si un grand plan de modernisation a été enfin lancé, avec 46 milliards d'euros d'investissements sur dix ans, ce sont souvent ces travaux qui provoquent les incidents. Le problème était annoncé depuis longtemps - un audit de l'École polytechnique fédérale de Lausanne avait tiré la sonnette d'alarme dès 2005 - et le gouvernement actuel assume. "C'est aussi l'État qui a orienté ce que faisait la SNCF" quand elle misait tout sur le TGV, reconnaît Élisabeth Borne. La priorité est désormais officiellement aux transports du quotidien. De son côté, la SNCF est évidemment responsable de la gestion des travaux, de la circulation des trains, de l'aspect commercial et de l'information des voyageurs.

Que va-t-on faire ?
L'idée est d'abord de poursuivre et accélérer les travaux de modernisation du réseau. La SNCF a lancé cet été le programme Rob.In, censé mettre l'accent sur la robustesse des services ferroviaires (Rob) malgré les chantiers et sur l'information des voyageurs (In). Sur ce dernier point, le groupe public compte mettre le paquet, en interconnectant ses canaux de communication. La SNCF va aussi lancer une nouvelle application mobile qui proposera aux usagers de signaler un incident ou une perturbation, et de prévenir les autres voyageurs. Côté institutionnel, le gouvernement attend pour la fin janvier un rapport de l'ancien patron d'Air France, Jean-Cyril Spinetta, qui planche sur la "refondation" du modèle ferroviaire français, et notamment la viabilité d'une SNCF surendettée qui doit jongler entre des impératifs économiques, politiques et sociaux souvent contradictoires, dans un contexte d'ouverture à la concurrence. L'État va "accompagner" le développement du rail, a assuré Élisabeth Borne, qui doit présenter en avril un projet de loi sur les mobilités. Elle compte accélérer la rénovation du réseau, désengorger les métropoles et développer le fret ferroviaire, et aussi aider au désendettement de la SNCF.

Guillaume Pepy est-il sur la sellette ?
Non. Le président de la SNCF Guillaume Pepy a rappelé à plusieurs reprises que son mandat - qui court jusqu'en 2020 - était "à la disposition du gouvernement". Il le répète souvent, considérant cela évident pour tout dirigeant d'une entreprise publique, et le Premier ministre, Édouard Philippe, a confirmé mercredi 3 janvier qu'il avait sa confiance "par définition". Guillaume Pepy est jugé irremplaçable pour le moment, car il connaît tous les rouages de ce groupe particulièrement complexe. Il semble aussi indispensable pour négocier l'alignement de la retraite des cheminots sur le régime général, au programme en 2018.

La SNCF va-t-elle si mal ?
Malgré les spectaculaires incidents de décembre, la SNCF va plutôt bien. La fréquentation est repartie à la hausse, tant dans le TGV (+ 7,3 % à fin novembre, grâce au service à petits prix OuiGo et à l'accélération des trajets vers l'Aquitaine et la Bretagne) que dans les Intercités (+ 6,6 %), les TER (+ 4,8 %) et aussi les RER et trains de banlieue franciliens (+ 3 %).

Jean Liou

Lundi 8 Janvier 2018



Lu 534 fois



Dans la même rubrique :
< >

     

Entreprises | Infrastructures | Institutions | Transport maritime | Transport aérien | Transport routier | Transport fluvial | Transport ferroviaire | Transport multimodal | Transport express - Messagerie | Logistique - Supply Chain | Énergie | Matières premières - Négoce | Industrie | Services | International | Développement durable | Faits divers





Accès rapide





















 

Qu'est-ce que L'Antenne ?

Le site internet de L'Antenne est la première plateforme B2B française de services et d’actualité consacrée au secteur du transport et de la logistique. Quotidiennement nous traitons de l’actualité du fret maritime, aérien, routier, fluvial, ferroviaire et multimodal ainsi que de la logistique, de l'industrie, de l'énergie et des matières premières. Nous apportons aux professionnels des outils et services qui facilitent leur travail et aident à la prise de décisions. Chaque année, nous éditons des guides de référence dans le secteur : "Le Fret aérien pratique" et "Le Fret maritime pratique" en plus de notre guide pratique des Incoterms©. L'Antenne est aussi organisateur de salons sur les thématiques du transport multimodal de fret, de l’export et de la logistique.

Mentions ours

Design réalisé par Caroline BALDINI.

Plan du site

Syndication

L'Antenne est édité par SPI (sarl au capital de 1.000 euros)
R.C.S. 823 175 435. ISSN : 0395-8582
CPPAP : 0319T79480
Dépôt Légal à parution
Associés : Info6tm (99 %) et Raisin blanc (1 %)
Siège social : SPI - Immeuble Valmy B - 137, quai de Valmy - 75010 Paris
Tél.  : 04.91.33.25.81 - Fax : 04.91.55.58.97
Site internet : www.lantenne.com   
Directeur général : Jean-Christophe Klein
Directeur de la publication : François Grandidier
Publicité : Frank Revenaz (directeur commercial) 04.91.13.71.60
Philippe Scremin (commercial Paris/Normandie) 06.21.88.97.42
Abonnement : Françoise Uhlmann (assistante commerciale) 04.91.13.71.62    
Annonces maritimes : 04.91.33.83.02 
Rédaction : Vincent Calabrèse (rédacteur en chef) v.calabrese@lantenne.com 
Franck André (rédacteur) f.andre@lantenne.com 
Virginie Grunchec (secrétaire de rédaction) redaction@lantenne.com 
Graphistes : Michel Durand et Adelina Miganne - pao@lantenne.com 
Imprimerie : Riccobono - 115 chemin des Valettes - 83490 Le Muy