Au Yémen, le port de Hodeïda asphyxié par un blocus de facto


Le port de Hodeïda au Yémen, sous contrôle rebelle, ressemble à une friche, alors que la coalition dirigée par Ryad a affirmé il y a trois mois avoir levé le blocus de ce terminal important pour un pays dépendant des importations.


© Langeveld
© Langeveld
Alors que le Yémen, ravagé par une guerre meurtrière qui entre lundi 26 mars dans sa quatrième année, s'enfonce dans la "pire crise humanitaire au monde" selon l'ONU, des organisations internationales et des responsables de ce port de l'Ouest du pays multiplient les mises en garde.
Depuis le 26 mars 2015, une coalition militaire sous commandement saoudien intervient au Yémen en soutien aux forces du gouvernement internationalement reconnu, afin de contrer des rebelles Houthis qui contrôlent notamment la capitale Sanaa. Le Conseil de sécurité de l'ONU a affirmé le 15 mars que la forte dégradation des conditions de vie avait un impact "dévastateur" au Yémen où 22,2 millions de civils ont besoin d'être aidés, alors que certaines régions sont au bord de la famine. En février, les importations alimentaires répondaient seulement à la moitié des besoins de la population, selon l'ONU. Ce taux est "le plus bas" depuis que l'ONU a commencé à inspecter les navires en mai 2016.
La coalition accuse les Houthis d'utiliser Hodeïda pour faire entrer clandestinement des armes venues d'Iran et impose des inspections aux cargaisons à destination de ce port, le plus grand du Yémen. Hodeïda est un canal vital pour atteindre les régions affectées par la guerre. Ce port devrait pouvoir "subvenir aux besoins de plus de 20 millions de Yéménites et accueillir 70 % des importations du pays", affirme Suze van Meegan de l'ONG Norwegian Refugee Council (NRC).

"La zone de stockage des conteneurs est en grande partie vide"

"Au lieu de ça, il ressemble à une friche" industrielle, soutient Suze van Meegan qui s'est rendue sur place en février. "Ce qui est le plus frappant, ce sont les cinq grues détruites", bombardées par la coalition au début de son intervention, dit-elle. Le fait que les grues soient hors service limite le trafic dans le port et la zone de stockage des conteneurs est en grande partie vide, affirme Suze van Meegan. Quelque 5.000 journaliers ont été remerciés depuis le bombardement des grues, selon les responsables du port.
Washington a fourni en janvier quatre grues mobiles mais, selon Suze van Meegan, elles ne "permettent de décharger que de très petites quantités". Or "si un port perd sa capacité à faire fonctionner les grues (traditionnelles), il met à l'arrêt ou au ralenti ses opérations (de déchargement) des navires", explique Robert Foley, second du commandant qui a travaillé sur de nombreux porte-conteneurs.
Mais le principal obstacle au bon fonctionnement de Hodeïda se trouve en fait au large, selon les autorités portuaires. "Ce sont les bâtiments de guerre de la coalition", explique le directeur du port, Daoud Fadel. "C'est la seule autorité qui a le pouvoir de donner ou non la permission (d'accoster) aux navires".
En novembre, la coalition a resserré son blocus maritime du Yémen après le tir par les rebelles d'un missile balistique qui visait l'aéroport de Ryad. Ce blocus a été assoupli en décembre sous la pression internationale pour une période de 30 jours, reconduite pour 30 jours supplémentaires, mais cette mesure a expiré le 18 février et un certain flou demeure.
Le colonel Turki al-Maliki, porte-parole de la coalition, assure que le port est "entièrement ouvert" et que des mécanismes d'inspection, en coordination avec l'ONU, sont en place dans des ports comme Dubaï et Salalah (Oman). "La coalition coopère étroitement avec les Nations unies pour assurer un environnement sécurisé et réglementé au trafic maritime commercial et humanitaire", ajoute l'officier saoudien.
Le 15 mars, six navires attendaient le feu vert de la coalition, neuf l'avaient reçu et quatre déchargeaient à Hodeïda, selon l'ONU. "Les navires sont autorisés à accoster et à décharger, mais le processus est lent et compliqué avec les autorités saoudiennes", souligne Suze van Meegan.
En février, seulement 24 % des besoins en carburant au Yémen ont été pourvus et 51 % des besoins en nourriture. Et comme des cargaisons insuffisantes entrent dans le port, les prix continuent de grimper. "Quelle qu'en soit la raison, l'essence et les aliments dont le Yémen a besoin n'entrent pas par Hodeïda et c'est probablement la conséquence d'actes volontaires", affirme Suze van Meegan. "On ne peut pas dire que le blocus est toujours en place, mais il y a un blocus de facto".

Alison Tahmizian Meuse

Lundi 26 Mars 2018



Lu 300 fois



Dans la même rubrique :
< >

Vendredi 18 Mai 2018 - 14:52 Sosersid mène sa barque dans le colis lourd


     

Entreprises | Infrastructures | Institutions | Transport maritime | Transport aérien | Transport routier | Transport fluvial | Transport ferroviaire | Transport multimodal | Transport express - Messagerie | Logistique - Supply Chain | Énergie | Matières premières - Négoce | Industrie | Services | International | Développement durable | Faits divers





Accès rapide





















 

Qu'est-ce que L'Antenne ?

Le site internet de L'Antenne est la première plateforme B2B française de services et d’actualité consacrée au secteur du transport et de la logistique. Quotidiennement nous traitons de l’actualité du fret maritime, aérien, routier, fluvial, ferroviaire et multimodal ainsi que de la logistique, de l'industrie, de l'énergie et des matières premières. Nous apportons aux professionnels des outils et services qui facilitent leur travail et aident à la prise de décisions. Chaque année, nous éditons des guides de référence dans le secteur : "Le Fret aérien pratique" et "Le Fret maritime pratique" en plus de notre guide pratique des Incoterms©. L'Antenne est aussi organisateur de salons sur les thématiques du transport multimodal de fret, de l’export et de la logistique.

Mentions ours

Design réalisé par Caroline BALDINI.

Plan du site

Syndication

L'Antenne est édité par SPI (sarl au capital de 1.000 euros)
R.C.S. 823 175 435. ISSN : 0395-8582
CPPAP : 0319T79480
Dépôt Légal à parution
Associés : Info6tm (99 %) et Raisin blanc (1 %)
Siège social : SPI - Immeuble Valmy B - 137, quai de Valmy - 75010 Paris
Tél.  : 04.91.33.25.81 - Fax : 04.91.55.58.97
Site internet : www.lantenne.com   
Directeur général : Jean-Christophe Klein
Directeur de la publication : François Grandidier
Publicité : Frank Revenaz (directeur commercial) 04.91.13.71.60
Philippe Scremin (commercial Paris/Normandie) 06.21.88.97.42
Abonnement : Françoise Uhlmann (assistante commerciale) 04.91.13.71.62    
Annonces maritimes : 04.91.33.83.02 
Rédaction : Vincent Calabrèse (rédacteur en chef) v.calabrese@lantenne.com 
Franck André (rédacteur) f.andre@lantenne.com 
Virginie Grunchec (secrétaire de rédaction) redaction@lantenne.com 
Graphistes : Michel Durand et Adelina Miganne - pao@lantenne.com 
Imprimerie : Riccobono - 115 chemin des Valettes - 83490 Le Muy