Blé français : après une année sombre, le soleil reparaît


2017, année de la reconquête ? Après une récolte désastreuse l'an dernier, l'épi de blé français a plus fière allure et espère retrouver les niveaux d'exportation qu'il avait au Proche-Orient, peut-être même conquérir de nouveaux marchés.


La France produit habituellement entre 35 et 40 millions de tonnes de blé © GPMM
La France produit habituellement entre 35 et 40 millions de tonnes de blé © GPMM
"Nous avons une situation qui s'est nettement redressée d'un point de vue volume et qualité", déclare Pierre Duclos, trader et membre du Syndicat national du commerce extérieur des céréales (Synacomex), qui rappelle que la production française avait chuté de "pratiquement 35 %" l'an passé, un record historique.
Alors que la France produit habituellement entre 35 et 40 millions de tonnes (Mt) de blé, les inondations de 2016, suivies d'un manque cruel de soleil, ont fait tomber la production à environ 28 Mt. "Cette année, on parle de 36 à 37 Mt", déclare Jean-Pierre Langlois-Berthelot, président de France Export Céréales et agriculteur près de Caen. "L'an dernier, en plus, on avait des qualités de blé plutôt médiocres", ajoute-t-il, évoquant notamment des problèmes de "poids spécifique" du blé, le poids du grain rapporté à son volume.
Résultat, les exportations vers les marchés hors Union européenne ont baissé de moitié. Une perte lourde pour l'économie française : l'export de blé vers les pays tiers représente normalement pas moins de 7 milliards d'euros pour le commerce extérieur. Au lieu de 10 à 12 millions de tonnes, les exportations se sont élevées à "5 millions de tonnes à peine", du fait de la faible disponibilité en marchandises, et de qualités qui ne répondaient pas aux cahiers des charges "extrêmement contraignants" des pays où ce sont les états qui sont acheteurs, explique Jean-Pierre Langlois-Berthelot.
C'est notamment le cas de l'Algérie, premier client de la France hors UE pour le blé, qui a acheté 2,2 millions de tonnes l'an passé, au lieu de 5 Mt en temps ordinaire. Le blé français a aussi "subi la concurrence des blés argentins, américains et des blés du Nord de l'Europe (Allemagne, pays baltes)", ajoute Pierre Duclos. Les États-Unis devraient être un rival moins menaçant cette année. Le dernier rapport du ministère américain de l'Agriculture (USDA) estime en effet que la production 2017 devrait chuter de 15 Mt.

"La tendance est à la reconquête"

La France devrait reprendre "une partie des parts de marché qu'elle a perdues l'an dernier", estime Jean-Claude Legrand, directeur de coopérative céréalière à Puiseaux (Loiret). Mais, prévient-il, "les pays de l'Est qui ont fourni les marchés à notre place l'an dernier ne vont pas se laisser piétiner comme ça". Car en plus de la récolte catastrophique de la France, un autre phénomène a contribué à l'effondrement de ses parts de marché : l'explosion de la production de blé russe. Avec plus de 72 Mt l'an dernier, la Russie a atteint des niveaux record et est bien partie pour récidiver. L'Algérie n'est pas concernée, mais "en Afrique subsaharienne, sont venues se substituer aux origines françaises des origines mer Noire, russes pour l'essentiel", souligne Jean-Pierre Langlois-Berthelot sans toutefois se déclarer battu : "L'acheteur ça lui coûte très cher d'importer, il compare toutes les offres en termes de qualité-prix", dit-il.
Problème, pour Rémi Haquin, céréalier dans l'Oise et président du conseil spécialisé "Céréale" de l'organisme para-public FranceAgriMer, les prix actuels, très bas, "ne couvrent pas les coûts" de production. Si certains céréaliers ont la capacité à résister à de la vente trop précoce, à charge pour eux "d'attendre un peu, que les prix augmentent", estime Jean-Pierre Langlois-Berthelot. Sans compter que leur production pourrait trouver de nouveaux débouchés.
Compte tenu des taux de protéines élevés des blés tricolores cette année, un critère très recherché, les marchés de l'Arabie saoudite, de la Libye et du Yémen, "dont la France est totalement absente ou très marginale", deviennent accessibles, selon Pierre Duclos. Mais pour ces marchés, "inverser les habitudes, ça prend un petit peu de temps, ce n'est pas quelque chose qu'on peut réaliser en appuyant sur un bouton", tempère Pierre Duclos. "Mais la tendance effectivement est à la reconquête de nos parts de marché, de par le fait que nous avons une qualité qui sécurisera nos clients et que nous avons un volume qui nous permet aussi de maintenir de façon plus appuyée notre présence", conclut-il.

Nicolas Gubert

Vendredi 4 Août 2017



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