Le canal de Suez toujours bloqué, un renflouement pas si simple


Le porte-conteneurs d'Evergreen a entamé jeudi 26 mars sa troisième journée d'échouement dans le canal de Suez. L'inquiétude n'est pas encore de mise mais l'opération de renflouement n'est pas si aisée qu'on pourrait le penser.


Prise de vue du "Ever Given" par l'un des satellites d'observation Pleiades © Airbus Space
Prise de vue du "Ever Given" par l'un des satellites d'observation Pleiades © Airbus Space
Les opérations de renflouement du "Ever Given" se poursuivaient jeudi 26 mars, plus de 48 heures après l'échouement du porte-conteneurs. Selon la société néerlandaise Smit Salvage mandatée par l'opérateur du navire (l'armateur taïwanais Evergreen Marine Corp) pour aider à dégager le navire, l'opération pourrait prendre "des jours voire des semaines". 
Au moins 180 navires étaient bloqués jeudi matin aux entrées nord et sud de l'ouvrage ou dans la région intermédiaire des lacs, dont plus de soixante vraquiers, quarante porte-conteneurs et soixante pétroliers et méthaniers.

Evergreen a désigné des équipes d'experts de Smit Salvage mais aussi de la société japonaise Nippon Salvage pour mettre en place "un plan plus efficace" de sauvetage du navire. Les premiers experts devaient arriver jeudi 25 mars. "C'est vraiment une baleine très lourde sur la plage, pour ainsi dire", a estimé Peter Berdowski, directeur exécutif de Royal Boskalis, maison mère de la société néerlandaise.

Au moins neuf remorqueurs dépêchés par l'Autorité du canal de Suez (SCA) tentent de dégager le porte-conteneurs de 20.000 EVP. Jeudi, les autorités ont fait parvenir une drague sur les lieux de l'incident. Arrivant d'Asie avec un bon taux de remplissage, le navire de 400 mètres de long présentait au moment de l'échouement un tirant d'eau de 15,70 mètres.

De son côté, la société japonaise Shoei Kisen Kaisha, propriétaire du porte-conteneurs, a annoncé qu'elle travaillait avec les autorités du canal pour la remise à flot mais que l'opération était "extrêmement difficile". Le blocage devrait ralentir le transport maritime durant quelques jours. Cependant, selon la plupart des experts, les conséquences économiques devraient rester limitées si la situation ne s'éternise pas.

Pas encore alarmant économiquement

L'incident survenu mardi 23 mars vers 5h40 GMT entraîne des retards de livraison de pétrole et d'autres biens. La nouvelle a brièvement fait bondir les cours du pétrole mercredi. Selon Bjornar Tonhaugen du cabinet Rystad, "l'effet (sur les prix) sera probablement faible et transitoire". En revanche, "si le blocage dure plus que quelques jours, cela pourrait avoir un impact plus important sur les prix et de manière plus durable", a-t-il ajouté.

"Nous n'avons jamais rien vu de tel auparavant mais il est probable que la congestion (...) prendra plusieurs jours ou semaines pour se résorber car elle devrait avoir un effet d'entraînement sur les autres convois, les plannings et les marchés mondiaux", déplore Ranjith Raja, responsable de la recherche sur le pétrole du Moyen-Orient et le maritime chez l'agrégateur de données financières Refinitiv. Néanmoins, la situation économique actuelle sur fond de crise sanitaire et de restrictions qui entravent la reprise, devrait limiter la flambée des prix dans l'immédiat.

Le porte-conteneurs présentait un tirant de près de 16 mètres au moment de l'incident © Suez Canal Authority
Le porte-conteneurs présentait un tirant de près de 16 mètres au moment de l'incident © Suez Canal Authority

D'après la revue Lloyd's List, le canal voit passer chaque jour l'équivalent de près de 10 milliards de dollars de marchandises, dont 26 % sur des porte-conteneurs, 5,1 milliards dans le sens sud-nord et 4,5 milliards dans le sens nord-sud. Cela laisserait présager des coûts de retard significatifs.

Opération techniquement délicate

L'"Ever Given", navire de plus 220.000 tonnes, s'est retrouvé en travers de la partie sud du canal, le bulbe d'étrave encastré dans une digue et la proue touchant presque l'autre rive. La taille du navire complique les opérations de dégagement selon Jean-Marie Miossec, professeur à l'Université Paul-Valéry de Montpellier et spécialiste du transport maritime. 

"Ces navires ont un tirant d'eau important, d'autant que celui-ci était à pleine charge. Sous la quille, la lame d'eau est faible", explique-t-il en assurant que les autorités doivent prendre le temps nécessaire pour "bien manœuvrer". "Il ne s'agit pas de fragiliser la structure du navire dans les manœuvres. Il faut bien doser les efforts à répartir tout au long de la coque", ajoute l'expert en affirmant que "les services techniques de l'autorité du canal sont compétents" pour cette opération.

Selon Bernhard Schulte Shipmanagement (BSM) (la compagnie basée à Singapour qui assure la gestion technique du navire) les 25 membres d'équipage sont sains et saufs. Et on n'a constaté aucune pollution ni dommage sur la cargaison du navire d'une capacité de plus de 20.000 EVP. Comme une des causes de l'événement touchant ce navire de 60 mètres de haut, les experts citent notamment des vents violents. La SCA évoque également la visibilité diminuée en raison d'un vent de sable, courant en Égypte à cette époque de l'année.

Emmanuel Parisse et Franck André

Jeudi 25 Mars 2021



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