Le sucre européen va-t-il se dissoudre dans la mondialisation ?


L'industrie européenne du sucre entre dans une zone de turbulences, avec la fin annoncée du système des quotas, qui l'exposera à la volatilité du marché mondial mais pourrait constituer une aubaine pour les fabricants les mieux préparés.


L'usine de sucre de Tereos à Connantre, en France © Tereos/Jacques Grison
L'usine de sucre de Tereos à Connantre, en France © Tereos/Jacques Grison
En place depuis 1968, les quotas de production de sucre et de prix garantis seront levés le 1er octobre 2017. "Cela va profondément modifier la cartographie sucrière européenne. Le secteur est entré dans une zone où il faut se serrer la ceinture. Les groupes sont plus ou moins préparés", résume Alexis Duval, président du directoire du français Tereos, n° 4 mondial du sucre, plus connu pour sa marque Béghin Say.

France et Allemagne, les deux plus gros producteurs

L'industrie européenne sucrière est très concentrée : sept entreprises détiennent 85 % des quotas et de la production. La France et l'Allemagne sont les deux plus gros producteurs. La semaine dernière, le plus gros fabricant européen, l'allemand Südzucker, a lancé pour la deuxième fois en moins de six mois un avertissement sur résultats, précisant que son chiffre d'affaires pourrait fondre de 800 millions d'euros, à 7 milliards d'euros. Le groupe, qui doit par ailleurs rembourser une lourde amende pour entente illégale, met en cause un "marché européen de plus en plus difficile du sucre", pointant "la volatilité croissante des résultats" et la perspective de la fin des quotas. Le britannique British Sugar rencontre aussi des déboires. Son chiffre d'affaires pour le sucre a baissé de 30 % au premier trimestre et la tendance devrait persister sur l'ensemble de l'année, en raison de prix en baisse.
Depuis l'ouverture du marché européen aux importations des Pays moins avancés (PMA), en 2006, "on importe de plus en plus de sucre. Les prix européens sont donc plus influencés par la situation mondiale qu'avant", explique Alain Jeanroy, directeur général de la Confédération générale des planteurs de betterave français (CGB). Avec la fin des quotas, les sucriers européens prêteront encore davantage le flanc aux fluctuations internationales.
En janvier, les prix mondiaux ont atteint leur plus bas depuis des années à cause d'une récolte abondante, avant de rebondir un peu. De plus en 2013, Bruxelles a autorisé des importations supplémentaires à droits de douane réduits. Une décision peu appréciée des industriels, qui "a eu un impact sur le prix du sucre européen, le rapprochant à la baisse des niveaux mondiaux, même s'il est toujours beaucoup plus élevé. Il est aussi probable que les producteurs de sucre européens ont vu leurs volumes baisser car les consommateurs ont choisi d'acheter à l'étranger", souligne Thomas Pugh, analyste chez Capital Economics à Londres.

Implantations à l'étranger

En France, où cinq sociétés se partagent le marché, fabricants et planteurs se préparent depuis longtemps à la fin des quotas. Objectif : améliorer la compétitivité pour faire face au géant mondial du sucre, le Brésil. Mais aussi profiter de l'opportunité de produire et d'exporter sans limites, car la fin des quotas ira de pair avec la levée des restrictions de l'Organisation mondiale du commerce.
"Les opportunités prennent le pas sur les inconvénients", estime même Alain Commissaire, directeur général de Cristal Union, l'un des deux plus gros groupes français, propriétaire de la marque Daddy. Tout comme Tereos, Cristal Union compte augmenter de 15 à 20 % sa production après 2017, grâce à une augmentation des surfaces de betteraves. La filière française investit aussi dans la recherche sur les rendements, et dans les économies d'énergie pour les usines.
Alors que la consommation de sucre stagne en Occident, les industriels français espèrent ainsi pouvoir exporter dans les pays en développement, où elle ne cesse au contraire d'augmenter. Pour se prémunir contre les risques liées à la volatilité, certains industriels diversifient aussi leurs gammes de produits, avec par exemple des sucres à base de maïs ou de stévia. Ou s'implantent à l'étranger : Tereos possède des sucreries au Brésil, British Sugar en Chine. Quant à Nordzücker, le deuxième groupe allemand, il cherche à étendre son activité à la canne à sucre, en Asie ou en Afrique.

Emmanuelle Michel

Jeudi 17 Avril 2014



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