Les conducteurs, noyau dur de la grève à la SNCF


Depuis le début du mouvement de grève à la SNCF contre la réforme ferroviaire, un corps de métier résiste à l'érosion de la mobilisation : les conducteurs de trains, une corporation très soudée et syndiquée.


© SNCF
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Les 13.500 conducteurs (soit 9 % des cheminots, selon des chiffres de 2017) ont été les plus mobilisés depuis le début et le taux de grévistes est rarement descendu en dessous de 50 % au sein de cette profession. Lundi 18 juin, au 32e jour de grève, 43,8 % des conducteurs étaient en grève, le taux le plus bas depuis le début du mouvement, mais il restait plus élevé que celui des contrôleurs (38 %) et des aiguilleurs (17 %). Le taux global, tous métiers confondus, était descendu à 10,8 %, selon les chiffres communiqués par la SNCF.
"Le succès de la grève repose sur les épaules" des conducteurs, estime Dominique Andolfatto, professeur de science politique et spécialiste des syndicats. "C'est la profession phare de la SNCF, l'équivalent des pilotes d'avion d'Air France. Ils considèrent qu'ils doivent montrer l'exemple et avoir un rôle d'entraînement". "À la SNCF, il suffit que les conducteurs, les aiguilleurs, un certain nombre de métiers stratégiques soient mobilisés et on bloque complètement la circulation des trains", explique Éric Dhenin, chargé de l'encadrement des conducteurs et cadre à la CFDT Cheminots. Il considère que les conducteurs ont une "capacité de mobilisation ancienne, forte, inscrite". "C'est également une corporation très soudée, ça explique qu'elle soit plus syndiquée", ajoute Dominique Andolfatto.
S'il n'est pas possible d'obtenir le pourcentage de syndiqués chez les conducteurs, les résultats des dernières élections interprofessionnelles de 2015 placent la CGT en tête de leurs votes (35 % - en dessous de la moyenne de 42 % sur l'ensemble des cheminots), devant Sud-Rail (30 % - taux le plus haut enregistré sur l'ensemble des cheminots) et la CFDT (20 % - également le taux le plus élevé).

"C'est la profession phare de la SNCF, l'équivalent des pilotes d'avion d'Air France"

Lorsque autant de conducteurs sont en grève, il peut être compliqué pour les non-grévistes de continuer à travailler. "Quand vous prenez le train et que vous passez par un piquet de grève, ça met une petite pression", témoigne un conducteur de train à Paris, qui rapporte que certains de ses collègues ont eu "des soucis pour faire partir leur train" lors de précédents mouvements sociaux. "Il y a une certaine pression du corps professionnel en interne, notamment au vu de sa capacité de nuisance. Certains l'utilisent pour obtenir la mobilisation de ceux qui ne souhaitent pas s'inscrire dans le mouvement", reconnaît Éric Dhenin.
Pour lui, le poids des syndicats s'explique par les avancées sociales gagnées au cours de décennies de "luttes", citant notamment les grandes grèves de 1986 et 1987. "Il y a eu une évolution tant sur les compensations salariales que la qualité de vie au travail. Maintenant les découchées (nuits passées en dehors du domicile) se font dans des endroits plus confortables", explique-t-il. La rémunération a été au cœur de nombreuses revendications. Aujourd'hui, un conducteur perçoit environ 2.300 euros net en début de carrière. Pour Vincent Schaller, secrétaire régional Sud-Rail à Strasbourg, cette rémunération permet à certains conducteurs de tenir dans la durée du mouvement : "le niveau salarial est un peu plus élevé que sur la moyenne des cheminots, donc ça nous permet de faire plus grève qu'un cheminot sédentaire qui gagne 1.200 euros par mois."
Le cycle de grève débuté le 3 avril se finira le 28 juin. Seuls la CGT et Sud-Rail ont pour l'instant prévu de poursuivre le mouvement pendant l'été.

Maryam El Hamouchi

Vendredi 22 Juin 2018



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